Photographier la ville de nuit

Nous allons aborder la photographie de la ville de nuit, apprendre à la mettre en valeur et en faire ressortir son caractère onirique.

Photographier l’univers urbain de nuit n’est pas simple et demande, outre un matériel adéquat, une bonne maîtrise de la technique, une approche différente de la prise de vue et un autre regard.
Aussi, dans cet article, nous allons toucher quelques points essentiels avant de pouvoir se lancer dans le macadam des villes du XXIe siècle. Quels sont les outils nécessaires, quels sont les points techniques particuliers ? Nous aborderons quelques contraintes, l’approche de la photographie nocturne, quelques méthodes pour réussir ses clichés et se laisser enfin guider par l’inspiration. Objectif, créer dans la ville de nuit avec tous les détails qui la composent…

Lumières de villes

Le matériel photo

Il faut savoir qu’aujourd’hui tous les appareils permettent de se mettre à la photographie urbaine, et d’autant plus nocturne. La nuit diffère du jour et les éléments qui la composent deviennent vite insolites parfois mystérieux. Si l’on est toujours à la recherche de perspectives particulières et suivant la dangerosité de la situation, on n’hésitera donc pas à travailler avec un hybride ou un reflex, par exemple, car plus léger et plus petit et donc plus facilement positionnable. De plus, ils attirent moins la convoitise…

Peu importe l’appareil élu, en revanche, il faut être équipé d’un bon trépied ou d’une pince ! La photographie de nuit nécessitant un support équilibré pour qu’il n’y ait aucun mouvement, il faut donc attacher avant toute chose une attention particulière au cadrage, que cela soit bien pensé et, avant la prise de vue, préparer comme il faut la bonne hauteur et le bon positionnement de celui-ci. C’est la meilleure façon de procéder.

Il ne faudra pas aussi hésiter, parfois, à utiliser un câble de déclenchement à distance pour éviter tout bougé. De temps en temps, l’on peut aussi utiliser les supports de son environnement, à partir du moment où, évidemment, ils sont bien stables !

Lumières de villes

En revanche, être équipé de très bonnes optiques, ouvrant à 1.8 ou 2.8, en plus d’avoir un beau piqué, cela permet de mieux travailler la nuit, de capter un maximum de lumière grâce à de grandes ouvertures focales et, ainsi, d’offrir une grande liberté d’exécution.

Un 300mm permettra de profiter au maximum d’un point en particulier, d’un moment donné, d’une lumière éphémère et de resserrer au plus près sur la partie qui nous intéresse. A contrario, on choisira un grand-angle pour pousser ses courtes focales dans des perspectives plus originales. En ce qui concerne le flash, c’est pour moi un accessoire inutile pour photographier la nuit ! En effet, l’utilisation de ce dernier modifie l’ambiance de la scène et l’on aura tendance à ne pas profiter des lumières existantes… De plus, cela n’éclairerait que le premier plan. Le but étant de tirer parti de celles-ci, sinon on enlèverait tout l’intérêt de ce style de photographie. Pensez donc à le désactiver !

Lumières de villes

La technique photo

Question technique, il y a aussi plusieurs points importants à assimiler, qui permettront une liberté de créativité… Aucune des techniques de mise au point n’est universelle. Travailler avec méthode, en revanche, est un plus ! Tout d’abord, la nuit, la mise au point manuelle est la meilleure solution. En effet, l’autofocus de votre boîtier fonctionnera très bien dans un environnement bien éclairé, mais généralement très mal s’il y a peu de lumière ambiante. En ce qui concerne le choix de son exposition, si vous commencez dans cet univers, je vous invite à travailler avec une ouverture constante plutôt de f/8. C’est en effet une ouverture qui devrait vous donner la profondeur de champ dont vous avez besoin, mais aussi un excellent compromis pour un temps de pose raisonnable. Cela permettra également de faire ressortir les couleurs éphémères pour qu’elles soient ainsi bien vives.

A contrario, pour avoir tous les infimes détails composant une scène fixe, il ne faudra pas hésiter à privilégier une petite ouverture focale et à aller jusqu’à plus d’une minute de temps de pose. En effet, les temps de pose de la photographie nocturne sont, comme on le sait dans ces cas-là, plus longs, surtout si l’on travaille avec une faible sensibilité ! De préférence, on fera un premier test avec un temps de pose court, pour vérifier le cadrage et ne pas attendre pour rien ! La petite astuce, si vous n’avez pas de câble, est d’utiliser parfois le retardateur pour éviter le bougé !

Lumières de villes

En revanche, lorsque vous choisirez la saturation extrême de la couleur comme composante identitaire de la ville, vous surexposerez un peu à la prise de vue. Vous pourrez aussi utiliser cette technique pour remédier aux problèmes de faible lumière, de zones d’ombre; et, à l’inverse, vous utiliserez une correction de -1 ou -2 si le cadre est trop lumineux. Essayez donc différents réglages jusqu’à obtenir une photo avec une exposition satisfaisante.

Si l’environnement le permet, n’hésitez pas aussi à jouer sur le temps de pose plutôt que sur l’ouverture du diaphragme. Cela dit, faire plusieurs prises de vue en variant vos expositions, en utilisant une ouverture plus grande ou plus petite afin de réduire ou d’étendre la profondeur de champ, n’est pas à négliger. Suivant la scène, cela donnera de l’ampleur à son image en favorisant un premier plan et en laissant le second dans le flou. À l’exception de la photographie au clair de lune, qui a des tonalités assez semblables à celles que l’on obtiendrait en plein jour, la photographie de nuit est comparable à celle de théâtre ou de scène.

Lumières de villes

Lumière et éclairage

Contrairement à la photographie de jour, qui implique généralement une seule source de lumière, dans cet environnement, la situation est complètement différente. L’illumination est en effet produite par de nombreuses sources de lumière éparses, provenant de différents endroits, sous différentes directions et dont l’intensité est assez faible. La nuit, les différents types de sources lumineuses ont chacun leur propre température de couleur ou balance des couleurs. Ces sources de lumière artificielle sont celles qui auront l’effet le plus marquant sur vos prises de vue. Savoir que plus la température de couleur est faible, plus la couleur est chaude, et que plus elle est élevée, plus la température de couleur est froide, vous aidera à maîtriser vos réglages.

Aussi – tous les appareils photo numériques étant équipés d’un réglage de la balance des blancs et le réglage automatique fonctionnant généralement plutôt bien, mis à part lorsque de multiples et intenses sources lumineuses se cumulent, il peut parfois être judicieux d’obtenir une balance des couleurs neutre et naturelle dans une image. Mais attention, ne pas procéder ainsi systématiquement ! Les capteurs n’étant pas toujours capables de s’accommoder complètement de ses multiples sources, il sera donc parfois utile de cadrer ses scènes pour les limiter. Le cadrage tout comme les pare-soleil pallieront aussi le problème des halos, souvent fréquent.

Lumières de villes

L’ambiance

Enfin, le dernier point qui fera la différence pour une belle photographie de nuit est notre regard: notre inspiration. Donnerons-nous avantage au graphisme ou à la poésie de la ville? De la même façon que l’on choisira un point de fuite, la mise au point ou le temps de pose, nos cadrages feront aussi la différence… Le choix de la sensibilité donnera aussi un autre caractère à notre image. En montant à 6400 ISO, on aura du grain, ce qui donnera un effet chair de poule et donc une atmosphère différente. Le climat a également son grand intérêt. L’un des meilleurs moments pour la photographie de nuit peut être, par exemple, le crépuscule. Il apporte de la lumière dans le ciel, donnant des tons et de la couleur. De plus, c’est une magie différente à chaque clair de lune.

Pour apprécier tout l’effet de ce moment éphémère, vous pouvez d’ailleurs vous amuser à faire une série en commençant une heure avant le coucher du soleil et en terminant une heure après, par séquences de 15 minutes. À l’opposé, les temps nuageux apportent toujours de l’intérêt à une photographie de nuit. À savoir aussi que les jours de pleine lune compensent la disparité des expositions. Avec les reflets, on pourra créer par temps de pluie, tout comme dans la photographie de jour…

 

Afin de livrer une puissante image de l’énergie de la ville, nous pourrons aussi jouer avec toutes les lignes existantes, les mouvements des véhicules, et sublimer l’image de lignes de lumière… Enfin, le meilleur conseil qu’un photographe spécialisé dans l’urbain nocturne vous donnerait, pour plus de créativité, est de ne pas copier mais de laisser son coeur parler, de se faire plaisir, d’assimiler de nouvelles notions et de faire vos propres découvertes.

La ville est un univers riche de supports créatifs, l’idéal est de tirer parti au maximum de son environnement, du moment vécu et de son caractère éphémère.

Assumez votre différence, et vous trouverez plus tard votre style…

 

Isabelle Schmitt
IsabelleSchmitFreelance depuis 15 ans, Isabelle a couvert de nombreux événements prestigieux, collaboré avec de grandes maisons tel l’UNESCO et a été publié par des magazines de références. Lauréate du “Prix Coup de Coeur“ lors du “16e Salon de la Photographie” à Paris, ses photographies sont présentées lors d’expositions, collectives ou non, ainsi que dans deux galeries, à Bruxelles et à Paris. Isabelle a été « Toile d’Or de l’année 2014 » à « Art en Capital » au Grand Palais, a été nommée Sociétaire du salon d’Automne du Grand Palais, est Membre du Conseil d’Administration au Comité du salon d’Automne du Grand Palais ainsi que Présidente de la section Art Digital. Elle enseigne également pour Aguila Voyages.

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