Interview // Marc Chesneau

Plongez dans l’univers éclectique et onirique du photographe Marc Chesneau.

Je suis autodidacte. J’ai commencé avec l’argentique, un Minolta 3xi et par la suite un 800si plus deux zooms transtandards. Je touchais un peu au labo argentique, mais rien de sérieux ; quelques tirages de famille et puis s’en va. Les bains de chimie à préparer, ce n’était pas mon truc.

Et puis la révolution numérique faisant son chemin, je décide de quitter Minolta pour Canon. Un compact G5, suivi de mon premier reflex numérique ; un Canon 300D. C’est le point de départ d’une grande passion ! Le pouvoir créatif est à portée de main avec ce reflex. S’ensuit la fameuse série des Canon 20D, 40D, qui me font énormément progresser.

Je me suis lancé avec plaisir pendant plusieurs années dans les tirages digigraphiques pour finalement retourner à la prise de vue. Très bonne expérience, mais chronophage. Aujourd’hui, je m’intéresse à la photo de rue et aux nouveaux hybrides Fuji, petits boîtiers et petits poids, grande image…

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© Marc Chesneau – Fotolia.com
Silhouette d’un cerf qui brame à l’aube (EXIF : Canon EOS 5D Mark II avec objectif EF500 mm f/4L IS USM ; 1/160 s à f/5.6 ; 800 ISO).

 

Comment êtes-vous devenu photographe ?

J’ai toujours été attiré par le dessin mais mon coup de crayon n’était pas assez… comment dire… juste ! J’ai fini par réaliser il y a environ vingt ans que la photo me permettait de m’exprimer pleinement, et sans mauvaise courbe !

Je me lance assez vite dans la photo de concert, passant à l’époque de 800 ISO max sur un capteur 6,3M à aujourd’hui 4000 ISO sur 20M de pixels. J’ai appris à gérer des portraits d’artistes qui, très sollicités, n’ont que quelques secondes à vous accorder dans un couloir mal éclairé en backstage. J’y ai également appris à faire ma place en devant de scène avec une vingtaine d’autres photographes accrédités en train de batailler pour la meilleure place. On apprend très vite aussi à gérer le poids de son sac photo lors des déplacements, le mal de dos vous gagne rapidement et les soirées peuvent se terminer en cauchemar pour vos lombaires. Les concerts s’enchaînent et je m’oriente plus vers les artistes de jazz, très généreux et démonstratifs.

Parallèlement je découvre la photo d’illustration. Pas d’obligation de réussite, pas d’astreinte de temps, je travaille comme je le ressens à la maison au flash de studio et quand j’ai le temps. Cela m’oblige à développer mes compétences Photoshop. Quelques heures d’auto-formation devant l’écran !

Plus tard, une rencontre me fera basculer dans le monde de la photographie animalière pendant plusieurs années. Ce fût une révélation, un vrai bouleversement, bien au-delà de la photo. J’ai donc appris à travailler avec de longues et lourdes focales en lumière naturelle et en mode silencieux oblige ! J’ai appris l’art du camouflage, à rester plusieurs heures à l’affût, sans bouger, sous un filet. J’ai surtout observé la nature de tous mes sens. L’écoute de la nature m’a grandement facilité son approche. J’ai surtout opéré dans le parc régional du Vexin français.

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Mante religieuse en contre-jour dans le coucher de soleil (EXIF : Canon EOS 5D Mark II avec objectif EF300 mm f/4L IS USM ; 1/250 s à f/8 ; 250 ISO).

 

Sur votre site on peut lire : « On ne voit bien qu’avec l’objectif, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

L’original c’est bien entendu « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » d’Antoine Saint Exupéry dans Le Petit Prince. Je veux dire que par le biais des optiques nous pouvons poser notre regard de la meilleure manière qui soit. On peut s’isoler, s’enfermer dans la scène qui s’offre à nous. Porter notre attention sur un détail sans être distrait par le reste. Nous ne vivons pas les mêmes moments en regardant une tranche de vie à travers un objectif et simplement avec nos yeux. Notre vision humaine est parfois trop large, on passe à côté de micros détails. C’est criant de vérité pour la macrographie. La technologie nous fournit de superbes outils de travail et la lumière y passe à travers ! Que demander de plus ?! Focalisons-nous !

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Un sanglier la tête dans les nuages (EXIF : Canon EOS 5D Mark II avec objectif EF500 mm f/4L IS USM ; 1/2000 s à f/10 ; 320 ISO).

 

Vous avez réalisé une série très poétique intitulée « Rencontres à contre-jour » que vous qualifiez d’étranges. Racontez-nous ce qui vous a inspiré.

« Étranges » parce qu’en photographie animalière la nature nous confronte à ce qu’elle a de plus secret, son intimité. Les lumières de l’aube et du crépuscule sont évidemment très poétiques, fortes, douces ou saturées, elles sont parfois étranges, parce qu’inhabituelles. Dans ces moments de précieuse luminosité, il est difficile d’en traduire l’entière subtilité, de réduire nos cinq sens à l’unique image sur capteur. Le contre-jour est une façon simple d’imposer une lecture de photo, le sujet s’en retrouve mis en valeur. C’est le contre-pied de l’éclairage ajusté. Tout est dans la nature. Étranges sensations naturelles, donc !

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Silhouette d’un jazzman qui joue du saxophone (EXIF : Canon EOS 5D Mark II avec objectif EF70-200 mm f/2.8L IS II USM ; 1/160 s à f/4.5 ; 1600 ISO).

 

Quel matériel avez-vous utilisé pour cette série ?

Aujourd’hui je suis équipé principalement d’un 5D Mark III, d’un 500mm f4 et 300mm f4 pour la photographie animalière. Bien que le 70-200 mm f2,8L IS ne soit jamais très loin. Pour les focales plus courtes j’utilise un set d’optiques fixes Canon et Sigma allant du fisheye au 100mm macro.

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Guitariste de hard rock (EXIF : Canon EOS 5D Mark III avec objectif EF70-200 mm f/2.8L IS II USM ; 1/200 s à f/2.8 ; 250 ISO).

 

Être contributeur de banque d’images a-t-il modifié votre façon de photographier ?

Bien entendu. Tout d’abord j’apprécie la photo d’illustration parce qu’elle est ultra variée et par conséquent elle m’ouvre à tout type de sujet. Lors de prises de vues, je ne m’éternise jamais sur un thème, je préfère la nouveauté du sujet à la perfection du traitement. Question de personnalité ! Pour ce type de photo je décortique plus les scènes ou objets qui s’offrent à moi quotidiennement en thématiques, à la manière d’une classification d’une médiathèque.

La structure graphique de mes photos a aussi une plus grande importance dans le choix de mes compositions, j’essaie de mieux ordonner les différents éléments pour mieux impacter. Je suis moins impulsif et mon déclenchement est plus réfléchi. Soit dit en passant, prenons le temps de faire les choses correctement… Je ne comprends pas les photographes qui, sous prétexte d’avoir une bonne rafale, déclenchent à tout va une cinquantaine de vues sur un sujet fixe quand sept ou huit photos suffisent. Du coup vous l’aurez compris, je n’aime pas passer des heures à sélectionner des photos. Le travail de développement photographique est devenu primordial. Je recherche toujours la qualité du pixel dans l’image finale. La modération de l’agence ne cesse d’ailleurs de vous le rappeler. Mais le travail sur Lightroom et Photoshop me passionne, donc je ne compte pas mes heures devant l’écran à tester différents réglages pour optimiser l’image.

 

Interview réalisée en partenariat avec Fotolia by Adobe

Propos recueillis par Stéphanie Janel

Pour plus d’infos : www.marcchesneau.fr

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